« Le restructuring, c'est une évidence » - Rencontre avec Albane
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« Le restructuring, c'est une évidence » - Rencontre avec Albane

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Albane n'a pas choisi le droit par défaut. Dès le début de ses études, c'est une conviction qui la guide : elle veut un travail utile, ancré dans la justice, au service des autres. Ce que beaucoup mettent des années à trouver, elle le découvre dès son Master 1, une spécialité qui réunit tous ses intérêts en un seul mot : le restructuring.

Une révélation en Master 1

Le restructuring, c'est le droit des entreprises en difficulté. Procédures collectives, accompagnement de débiteurs au bord du gouffre, négociation avec les créanciers, contentieux, liquidateurs… Un périmètre large, exigeant, qui ne ressemble à aucune autre pratique.

« Ça m'est apparu comme une évidence, » explique Albane. « Ce droit-là réunissait tout ce qui m'attirait : le contentieux, le conseil, les enjeux humains, les situations d'urgence. »

Dès lors, son parcours de stages est guidé par cette boussole. Mais les portes ne s'ouvrent pas facilement : les places en restructuring sont rares, préemptées parfois deux ans à l'avance dans les cabinets les plus reconnus. Qu'importe, elle multiplie les expériences, cabinets français et anglo-saxons, approches différentes, postures variées. Chaque stage, même décevant, lui apprend quelque chose : ce qu'elle ne veut pas, et par contraste, ce qu'elle veut vraiment.

Choisir la bonne première collaboration

Au moment de rejoindre un cabinet, Albane ne se laisse pas séduire par les noms ronflants ni les promesses de rémunération. Elle pose deux critères non négociables : une relation de proximité réelle avec l'associé, et une petite équipe.

« Dans un grand cabinet international, le restructuring est souvent cantonné au conseil pur. Le contentieux est évacué pour des raisons financières, les audiences ne se facturent pas comme des mémos. Moi, je voulais tout faire. »

L'approche 360 degrés qu'elle recherche, c'est celle qui permet d'intervenir côté débiteur comme côté créancier, d'accompagner des liquidateurs, de plaider, de négocier. Une pratique complète, transversale, qui oblige à comprendre un dossier dans toutes ses dimensions.

Elle négocie aussi sa rétrocession fixe dès le départ, sans complexe, même en tant que jeune avocate. Et accepte, en contrepartie d'un équilibre de vie préservé, une rémunération légèrement en retrait de ce que d'autres structures auraient pu offrir. Un arbitrage assumé, pas un sacrifice.

Le quotidien : bien loin des idées reçues

On imagine souvent l'avocat en restructuring penché sur des tableurs de dette, loin des tribunaux. La réalité d'Albane est tout autre : elle porte la robe très régulièrement. Audiences de reprise, présence au tribunal, plaidoiries, le contentieux est au cœur de sa pratique, pas en marge.

L'organisation interne, elle aussi, est pensée pour former plutôt que surveiller. Des points d'équipe hebdomadaires formalisés permettent de suivre les dossiers et les échéances. Les projets sont revus avec l'associé dans une logique d'apprentissage mutuel. Et la transparence sur la facturation, les budgets, la rentabilité des dossiers fait partie du quotidien, une façon de traiter les collaborateurs en professionnels adultes.

« On adapte les budgets aux clients plutôt que de refuser les petits dossiers. L'intérêt du client prime, quelle que soit sa taille. »

La dimension humaine, cœur du métier

Le restructuring, c'est aussi et peut-être surtout, un métier de contact humain. Albane accompagne des dirigeants en situation de détresse, des salariés inquiets pour leur emploi, des décisions prises sous pression, dans l'urgence, avec des conséquences parfois irréversibles.

« On est là sur des aspects juridiques, oui. Mais aussi sur du social, du financier, du stratégique. Et parfois, juste pour tenir compagnie à quelqu'un qui traverse quelque chose de difficile. »

Ce côté du métier est exigeant émotionnellement. Il demande de la disponibilité, un bon management de soi, et une capacité à ne pas se laisser déborder. Albane ne le cache pas : c'est stressant. Mais c'est aussi ce qui donne du sens.

L'IA : gain de temps, pas substitut

Sur les outils, Albane est pragmatique. Elle utilise quotidiennement des IA juridiques, Doctrine pour la recherche jurisprudentielle, Aloz Kossi pour des recherches plus poussées et reconnaît un gain de temps phénoménal, parfois équivalent au travail d'un stagiaire sur certaines tâches de recherche.

Mais elle pose la limite clairement : l'IA ne remplace pas le jugement, la stratégie, la relation client. Elle accélère. Elle ne pense pas à la place de l'avocat.

Ce qui motive, in fine

Ce n'est pas la rémunération qui fait lever Albane le matin. C'est la nature du travail utile, significatif, ancré dans le réel. Ce sont les personnes avec qui elle travaille, et la confiance qu'elle a su construire autour d'elle.

Pour celles et ceux qui envisagent cette voie, son message est simple : choisissez votre premier cabinet avec autant de soin que vous choisiriez un associé. Negociez votre place dès le départ. Et n'ayez pas peur d'une pratique qui demande de s'exposer au tribunal, aux clients, aux situations difficiles. C'est là que tout se passe.

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