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Eva Schick reçoit Pierre Servan-Schreiber, avocat et aujourd'hui directeur et co-fondateur de Maubourg Conseil.
Pierre Servan-Schreiber devient avocat après avoir assisté à des audiences au Palais de Justice dès sa deuxième année d'études. Mais c'est un stage à la Commission européenne à Bruxelles qui élargit brutalement son horizon. Il y découvre le droit européen et le droit de la concurrence, une matière qu'il n'avait pas anticipée et qui s'impose à lui comme une évidence.
De retour en France, il ne cherche pas la sécurité d'une grande structure établie. Il fonde un cabinet avec trois autres avocats, dans un esprit d'équité totale : tout est partagé. Un choix de jeunesse, audacieux, qui dit déjà quelque chose de sa philosophie.
Sept ans plus tard, Pierre Servan-Schreiber rejoint Sullivan and Cromwell, devenant le premier associé français recruté par un cabinet américain à Paris. Une première. Pas un accident : la conséquence directe d'une méthode construite sur la durée, celle de la réciprocité professionnelle.
Sa règle est simple et constante : donner sans attendre en retour. Recommander un confrère allemand à un associé. Orienter un client vers un autre cabinet quand ce n'est pas son terrain. Cette logique de recommandation crée des chaînes de relations qui bénéficient à tous sur le long terme.
C'est ensuite chez Skadden qu'il prend la tête du bureau de Paris en tant que managing partner, aux côtés de Christopher Baker.
Arrivé à Paris pour co-diriger le bureau, Pierre Servan-Schreiber n'hésite pas à remettre les choses en ordre. Il recrute massivement et élève rapidement le niveau technique de l'équipe.
Sur la rémunération, il prend des décisions tranchées. Il augmente les salaires des collaborateurs au-dessus du marché pour attirer les meilleurs talents, et assume ce choix comme un investissement, pas une dépense.
Le système de rémunération des associés repose sur une logique différente de la plupart des cabinets. Skadden utilise une approche holistique qui prend en compte le chiffre d'affaires, les heures facturables et la contribution globale au cabinet, et non les seuls chiffres individuels. L'écart de rémunération entre associés juniors et seniors est maintenu dans un rapport de 1 à 4, pour préserver la cohésion du groupe.
Ce qui distingue Pierre Servan-Schreiber en tant que manager, c'est sa conviction que la confiance est un outil de formation. Il laisse ses collaborateurs négocier seuls, sans supervision directe, pour développer leur assurance et leurs compétences.
La méthode commence dès le premier jour. Il explique aux stagiaires le contexte de chaque tâche, pas seulement la tâche elle-même. Comprendre pourquoi augmente l'engagement et la qualité du travail.
Pour les cas difficiles, sa position est nette. Des conversations franches sur les attentes, sans agressivité, permettent à la majorité des collaborateurs de comprendre les limites. Pour ceux qui ne les comprennent jamais, la séparation devient nécessaire pour préserver la cohésion de l'équipe.
Un point sur lequel Pierre Servan-Schreiber est intransigeant : la maîtrise de la langue. La compréhension doit être totale pour éviter toute ambiguïté avec le client. Un accent fort peut suffire à instiller le doute sur la compréhension mutuelle, et ce doute suffit à fragiliser une relation.
À 60 ans, Pierre Servan-Schreiber quitte Skadden pour se consacrer à la médiation et à d'autres projets personnels. Pas une retraite. Une reconversion délibérée vers une pratique qu'il avait envie d'explorer depuis longtemps.
Il exerce aujourd'hui dans deux domaines : les conflits entre entreprises et les conflits patrimoniaux familiaux. Le second est particulièrement exigeant. La médiation familiale patrimoniale est un terrain difficile que peu de médiateurs acceptent de prendre en charge.
Les avocats sont les principaux prescripteurs de médiateurs sur ces deux types de conflits. Un réseau construit sur trente ans d'une pratique fondée sur la réciprocité trouve ici une nouvelle utilité.
Sur l'intelligence artificielle, Pierre Servan-Schreiber adopte une position nuancée et précise. L'IA ne nivelera pas les compétences des avocats. Elle diffusera plus largement le corpus de connaissances, mais ne remplacera pas le raisonnement. Ce qui restera le facteur différenciant principal, c'est l'humain : la relation, la confiance, la capacité à comprendre une situation dans toute sa complexité.
Le parcours de Pierre Servan-Schreiber n'est pas un modèle à copier. C'est une leçon sur la durée : les relations professionnelles qui comptent se construisent sur des années, et elles se construisent en donnant avant de recevoir. Même après des dossiers majeurs, la prospection commerciale doit continuer. Le flux de dossiers ne s'entretient pas seul.
Pour ceux qui envisagent une carrière dans les grands cabinets internationaux, son message tient en peu de mots : soyez utiles à vos collègues, maîtrisez parfaitement la langue de vos clients, et n'attendez pas la reconnaissance avant de donner.