.jpg)
Eva Schick reçoit Lisa Vivent, avocate en contentieux des affaires, qui a quitté Ashurst après sept ans pour rejoindre un cabinet à taille humaine.
Lisa Vivent choisit le droit au sortir du bac, portée par une image simple : l'avocat qui plaide, en robe. Une double licence droit et gestion d'entreprise à Paris 1 réoriente vite cette vocation vers le droit des affaires. Deux stages, chez Hogan Lovells puis Jones Day, transforment l'intuition en certitude : ce sera le contentieux des affaires.
Ce qui frappe dans son parcours, c'est le rôle du réseau. Ses deux premières collaborations, elle les obtient grâce aux personnes croisées en stage. Dans un secteur où les offres d'emploi sont rares, garder le contact n'est pas une politesse, c'est une méthode.
Lisa rejoint chez Ashurst une équipe contentieuse en création et y reste sept ans, aux côtés de la même associée. L'équipe est réduite, et cette petitesse crée un lien fort : chacun devient essentiel au succès collectif. Elle y bénéficie d'une formation intensive et d'une attention rare de son associée.
Elle en tire une observation sur le management : les jeunes associés sont souvent mieux armés pour encadrer que les générations qui les ont précédés. En revanche, un angle mort demeure. La formation à la facturation et à la rentabilité reste peu développée au niveau des équipes, quand les grands cabinets ne la proposent qu'en montant en séniorité.
Le positionnement d'Ashurst était généraliste en contentieux commercial, avec une clientèle variée. Un socle solide, mais large.
Après sept ans, Lisa part. Pas par lassitude, mais par désir d'évoluer plus vite et de subir moins de contraintes politiques. Le cabinet qu'elle rejoint est plus petit, et cette taille est précisément ce qu'elle cherche : plus de liberté, plus de responsabilité.
La transition est nette, y compris sur la rémunération. Lisa négocie une rémunération correcte, tout en assumant une baisse par rapport à Ashurst. Un arbitrage lucide entre confort immédiat et perspective. Et parce qu'un départ propre vaut mieux qu'un départ précipité, elle communique de façon transparente avec son ancienne associée, ce qui permet de partir sans tension.
En 2026, Lisa rejoint le cabinet Cartier Meyniel, une structure à taille humaine. Elle y fait désormais beaucoup plus de contentieux M&A, son domaine de prédilection. Après cinq à six mois, l'intégration se passe très bien et elle se sent valorisée au sein du duo associatif.
La question de l'association est posée, sans être précipitée. Les associés sont ouverts à une future association, mais privilégient d'abord de bien se connaître à l'usage. Une prudence partagée, plutôt qu'une promesse en l'air.
Lisa a toujours eu des dossiers personnels, grâce aux conseils de ses mentors et à un réflexe qu'elle assume : ne jamais refuser un dossier personnel, parce que chacun est une occasion d'apprendre. Mais elle le reconnaît, elle n'avait pas de stratégie structurée de développement chez Ashurst.
C'est le chantier qu'elle ouvre aujourd'hui. Elle cultive son réseau de confrères et consœurs pour générer des dossiers, et commence à cibler : jeunes entreprises dynamiques, chefs d'entreprise engagés dans des procédures de révocation. Un point l'interpelle : le business development et le positionnement client ne sont enseignés nulle part, ni à l'EFB, ni vraiment ailleurs. Une compétence décisive, laissée à l'apprentissage sur le tas.
Sur l'intelligence artificielle, Lisa est mesurée. L'IA aide pour les recherches et la première synthèse de documents. Mais la pratique du contentieux n'en est pas bouleversée aujourd'hui. Il lui manque la subtilité et l'analyse stratégique nécessaires pour rédiger une communication client pertinente.
Sa conviction : la valeur ajoutée de l'avocat réside dans la stratégie différenciée, précisément là où l'IA ne va pas. Reste une conséquence économique qu'elle ne balaie pas. Si l'IA fait gagner du temps, ce gain doit être compensé par une justification du prix fondée sur la valeur, pas sur les heures. Et par réalisme : les avocats doivent intégrer l'IA pour rester compétitifs face à leurs concurrents.
Le parcours de Lisa Vivent dit une chose simple aux jeunes avocats : le réseau se cultive dès le stage, et il ne se rentabilise que si on l'entretient sans calcul. Ne jamais refuser un dossier personnel. Montrer son envie de participer à la dynamique de l'équipe. Et, très tôt, se former à ce que l'école n'enseigne pas : trouver ses clients, se positionner, défendre son prix.