
Pendant longtemps, le choix d’un cabinet d’avocats s’est résumé à un nom.
Un fondateur reconnu, une figure médiatique, une signature forte. Ce nom faisait office de repère, de promesse, parfois même de raccourci : si le fondateur est prestigieux, alors le cabinet doit l’être aussi.
Mais pour les collaborateurs, cette logique montre aujourd’hui ses limites.
Car dans la réalité du travail quotidien, le fondateur est rarement celui avec qui l’on échange, apprend, doute ou progresse. Et pourtant, son nom continue de structurer les décisions de carrière.
Alors une question s’impose : qu’est-ce qui attire réellement un collaborateur dans un cabinet, au-delà du fondateur ?

Il serait illusoire de nier l’impact du fondateur emblématique. Il incarne une époque, une vision du métier, une exigence intellectuelle. Il rassure les clients, crédibilise la structure et participe à la notoriété du cabinet.
Mais pour un collaborateur, cette figure reste largement abstraite.
Dans la majorité des cas, le fondateur n’intervient ni dans le management quotidien, ni dans la formation opérationnelle, ni dans l’évaluation du travail. Le collaborateur ne vit pas le cabinet à travers lui, mais à travers son équipe.
C’est là que naît le décalage : le nom attire, mais l’expérience se construit ailleurs.
Le marché du recrutement des avocats a profondément évolué. Les collaborateurs sont mieux informés, plus mobiles, et surtout plus attentifs à la cohérence entre image et réalité.
Le fondateur peut partir, se retirer progressivement ou changer de rôle. Dans certains cabinets, la transition est anticipée ; dans d’autres, elle est subie. Pour un collaborateur, cette incertitude est rarement neutre. Elle interroge la stabilité du projet, la lisibilité de la gouvernance et la capacité du cabinet à durer.
Par ailleurs, la relation de travail ne se joue jamais au sommet.
Elle se joue dans la façon dont les dossiers sont distribués, expliqués, suivis. Dans la manière dont les associés encadrent, transmettent, reconnaissent. Autant d’éléments qui ne dépendent pas du fondateur, mais de l’organisation mise en place autour de lui.
Lorsqu’on analyse les trajectoires, les départs et les reconversions, un constat revient sans cesse : les collaborateurs ne quittent pas un cabinet à cause de son fondateur, mais à cause de ce qu’ils vivent au quotidien.
Ils cherchent avant tout une équipe identifiable, avec des associés visibles et accessibles. Travailler dans un cabinet prestigieux n’a de valeur que si l’on sait avec qui l’on progresse, qui décide et qui accompagne.
La culture managériale devient alors centrale. Pas celle qui est affichée sur un site internet, mais celle qui se traduit concrètement dans les pratiques : feedbacks réguliers, clarté des attentes, gestion réaliste de la charge de travail, capacité à dire non à certaines urgences inutiles.
À cela s’ajoute la question des parcours. Les collaborateurs ne demandent pas tous une association rapide, mais ils veulent comprendre comment ils peuvent évoluer. Une trajectoire lisible, même exigeante, est souvent plus attractive qu’une promesse floue portée par un grand nom.
La succession d’un fondateur n’est pas uniquement un enjeu de gouvernance interne. C’est aussi un signal fort envoyé au marché des talents.
Un cabinet qui anticipe la transmission, qui rend visibles plusieurs figures, qui formalise ses méthodes et sa vision, montre qu’il ne repose pas sur une seule personne. Il affirme que le projet collectif prime sur l’individu.
À l’inverse, un cabinet figé autour de son fondateur entretient une zone d’ombre. Que se passera-t-il demain ? Qui prendra le relais ? Quelle place pour les équipes dans ce nouvel équilibre ? Même sans réponse explicite, les collaborateurs perçoivent ces fragilités.
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Pour recruter durablement, les cabinets doivent accepter un changement de récit.
Il ne s’agit pas d’effacer le fondateur ni de renier l’histoire, mais de dépasser le mythe pour raconter une réalité collective.
La marque employeur d’un cabinet ne se construit plus uniquement sur un nom, mais sur une méthode, une organisation et une culture partagée. Les cabinets qui réussissent cette transition sont ceux qui mettent en avant leurs équipes, leurs pratiques et leur manière concrète de travailler.
Le fondateur devient alors une référence, une racine, parfois une figure tutélaire. Mais il cesse d’être l’unique point d’attraction.
Avant de rejoindre un cabinet connu pour son fondateur, il est utile de prendre du recul. Qui sont réellement les associés avec lesquels je vais travailler ? Comment les décisions sont-elles prises ? Comment les périodes de forte charge sont-elles gérées ? Quelle est la vision du cabinet à moyen terme ?
Ces questions, souvent peu visibles dans les classements ou les discours institutionnels, sont pourtant déterminantes pour la qualité d’une collaboration.
Pour vous aider, voici les 5 questions que vous pouvez aussi poser avant de rejoindre un cabinet : https://www.neria-recrutement.fr/article/5-questions-a-poser-en-fin-dentretien-dembauche-davocat
Un fondateur emblématique peut créer un cabinet.
Mais seuls des équipes structurées, une gouvernance claire et une culture partagée permettent de le faire durer.
Pour les collaborateurs, le véritable enjeu n’est plus de savoir qui a fondé le cabinet, mais de comprendre comment il fonctionne aujourd’hui et ce qu’il propose réellement comme trajectoire professionnelle.
Les cabinets qui l’ont compris attirent des profils engagés et fidèles.
Les autres vivent encore sur leur passé.
Chez Neria, c’est précisément cette réalité que nous observons et analysons : au-delà du nom, ce sont les conditions concrètes, les équipes et les perspectives qui font la différence.