Contre-offre : faut-il retenir un collaborateur qui veut partir ?
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Contre-offre : faut-il retenir un collaborateur qui veut partir ?

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Un collaborateur demande à vous voir. Il a trouvé ailleurs et part à la fin de son délai de prévenance. Le réflexe est presque immédiat : proposer plus. Une meilleure rétrocession, un titre, du télétravail, pourvu qu'il reste.

Parfois, c'est la bonne décision. Souvent, c'est une réponse rapide à une question mal posée. Une contre-offre ne dit pas seulement ce que vaut ce collaborateur. Elle montre aussi ce que le cabinet était prêt à lui accorder, et qu'il ne l'a pas fait avant.

Cet article donne aux associés une grille pour décider : comprendre le motif réel du départ, connaître le cadre applicable selon le statut, repérer les cas où la contre-offre règle le problème et ceux où elle ne fait que repousser l'échéance.

Avant toute contre-offre, comprendre pourquoi il part

Rétrocession, dossiers, perspectives, rythme : trouver le motif réel

Le motif annoncé n'est pas toujours le motif réel. « On me propose mieux » peut désigner une rétrocession restée en retrait du marché. Mais aussi des dossiers qui n'évoluent plus, aucune visibilité sur l'association, un rythme devenu intenable ou une relation abîmée avec un associé.

Le premier entretien sert à écouter, pas à négocier. Trois questions suffisent souvent. Qu'est-ce qui a déclenché la recherche ? Depuis combien de temps ? Qu'est-ce qui vous aurait fait rester il y a six mois ?

La dernière est la plus utile. Elle indique si le problème est réparable. Elle révèle aussi s'il l'était avant que le collaborateur ne commence à regarder ailleurs.

Engagement pris ailleurs ou test du marché : deux situations différentes

Un collaborateur qui a déjà donné son accord à un autre cabinet n'est pas dans la même position que celui qui évoque une offre pour ouvrir la discussion.

Dans le premier cas, la contre-offre lui demande de revenir sur une parole donnée à un confrère. Dans une profession où la réputation circule vite, ce coût est réel pour lui. Il le sait, et cela pèse dans sa réponse.

Dans le second cas, l'annonce d'un départ sert de levier. Ce n'est pas illégitime. C'est souvent le signe que les échanges prévus n'ont pas eu lieu. L'article 14.3.3 du Règlement intérieur national de la profession d'avocat prévoit une rencontre annuelle entre le cabinet et le collaborateur libéral, à la demande de l'une des parties, pour examiner l'évolution de la relation. Quand cet échange est réellement préparé, avec une trame d'entretien annuel partagée des deux côtés, la menace de départ perd l'essentiel de son utilité.

Collaborateur libéral ou avocat salarié : ce que dit le cadre

Le collaborateur libéral ne démissionne pas

Le collaborateur libéral n'a pas de contrat de travail. Il ne démissionne pas : il rompt son contrat de collaboration en respectant un délai de prévenance.

Selon l'article 14.7.1.1 du RIN, ce délai est d'au moins trois mois. Il augmente d'un mois par année au-delà de trois ans de présence révolus, sans pouvoir dépasser six mois. Les parties peuvent convenir d'un meilleur accord. En période d'essai, le délai tombe à huit jours.

Ce cadre a trois conséquences directes pour une contre-offre :

  • La rupture notifiée engage. Revenir en arrière suppose en pratique l'accord des deux parties. Mieux vaut l'acter clairement plutôt que laisser planer le doute.
  • Tout avenant doit être écrit. L'article 14.3.1 du RIN l'impose pour tout accord de collaboration et tout avenant. Une hausse de rétrocession promise à l'oral ne protège ni le cabinet ni le collaborateur.
  • L'Ordre doit être informé. L'avenant qui modifie le contrat est transmis au conseil de l'ordre dans les quinze jours de sa signature (article 14.4.1 du RIN).

L'avocat salarié : démission, préavis et convention collective

L'avocat salarié relève du droit du travail et de la convention collective du 17 février 1995. Son préavis est fixé par cette convention, comme le rappelle l'article 14.7.1.2 du RIN.

Ici, le collaborateur démissionne au sens propre. Une démission claire et non équivoque ne se reprend pas unilatéralement : pour qu'il reste, l'employeur doit accepter ce retour. La nouvelle rémunération passe, là aussi, par un avenant écrit au contrat de travail.

Quand la contre-offre peut fonctionner

Un motif précis et réparable

La contre-offre a de bonnes chances de fonctionner quand elle corrige un point identifié, que le cabinet aurait pu traiter plus tôt.

Premier cas : une rétrocession qui n'a pas suivi. Le collaborateur a pris des responsabilités, sa facturation a progressé, sa rémunération est restée figée. Avant de proposer un montant, situez-le par rapport au marché avec le simulateur de rétrocession Neria. Une contre-offre alignée sur les pratiques observées se défend. Une surenchère au hasard, non.

Deuxième cas : le contenu du poste. Un collaborateur qui veut plaider davantage, suivre une matière en développement ou prendre la relation client sur certains dossiers peut rester si le cabinet ouvre réellement ces sujets.

Troisième cas : l'organisation. Télétravail, rythme, répartition des dossiers entre associés. Ce sont souvent des ajustements simples, que personne n'a pris le temps de discuter.

Un engagement tenu dans la durée, pas un geste de panique

Une contre-offre crédible ressemble à un projet, pas à une prime de rétention. Elle précise ce qui change, à partir de quand, et comment on vérifie que c'est tenu.

Les engagements non financiers sont les plus fragiles. « Tu auras plus de responsabilités » ne veut rien dire. « Tu reprends la relation avec ces deux clients à partir de janvier, et nous faisons un point en juin » engage le cabinet.

Quand elle ne fait que retarder le départ

Confiance entamée, regard de l'équipe, précédent sur la grille

Aucune hausse de rétrocession ne répare une relation dégradée avec un associé, une culture de cabinet qui ne convient plus ou un désaccord sur la trajectoire. Si le motif réel est là, l'argent achète quelques mois, rarement davantage.

La contre-offre laisse aussi une trace des deux côtés. Le collaborateur retient qu'il a fallu annoncer son départ pour être revalorisé. Le cabinet sait qu'il cherchait ailleurs. À la prochaine difficulté, chacun s'en souviendra.

Reste l'équipe. Ce type d'accord finit presque toujours par se savoir. Deux collaborateurs de même année payés différemment, dont l'un a menacé de partir : le message envoyé au reste du cabinet est clair, et il n'est pas celui que les associés souhaitent.

Tableau contre offre retenir ou laisser partir ?

Comparer le coût de la contre-offre à celui d'un remplacement

L'argument financier est souvent avancé en faveur de la contre-offre : remplacer coûte cher. C'est exact. Neria estime qu'un recrutement qui échoue avant 18 mois représente en moyenne 2 à 2,5 fois la rétrocession annuelle du collaborateur. Le détail du calcul figure dans notre article sur le vrai coût d'un mauvais recrutement.

Un départ plus tardif ne suit pas exactement la même logique, mais les postes de perte se retrouvent : vacance du poste, surcharge de l'équipe, montée en compétence du remplaçant.

La comparaison honnête porte pourtant sur trois scénarios, pas deux. Le départ immédiat. La contre-offre qui fonctionne. Et la contre-offre qui échoue : le cabinet paie la hausse pendant quelques mois, puis subit le départ quand même, souvent à un moment moins favorable. C'est ce troisième scénario qu'il faut évaluer lucidement.

Ce qui retient durablement un collaborateur, c'est le sentiment de compter dans le projet du cabinet. Liberall Conseil détaille ce ressort dans son analyse de la culture d'ownership dans les cabinets d'avocats, où l'engagement de chacun pèse directement sur le turnover.

Construire une contre-offre crédible, ou réussir la sortie

La méthode : écouter, objectiver, proposer par écrit, fixer un point d'étape

Si la décision est de retenir le collaborateur, quatre étapes évitent l'improvisation :

  1. Écouter. Un premier entretien sans proposition, pour identifier le motif réel.
  2. Objectiver. Situer la rétrocession, le contenu du poste et les perspectives par rapport au marché et à la grille interne.
  3. Proposer par écrit. Des engagements datés, formalisés dans un avenant, transmis à l'Ordre.
  4. Fixer un point d'étape. Un rendez-vous à trois ou six mois pour vérifier que ce qui a été promis est tenu.

Accordez-vous un délai de réflexion court et annoncé. Une contre-offre faite dans les derniers jours du délai de prévenance arrive en général trop tard : le collaborateur est déjà parti dans sa tête.

Ne pas surenchérir : réussir la sortie

Laisser partir un collaborateur est parfois la meilleure décision. Encore faut-il que la sortie soit bien conduite.

Le délai de prévenance sert d'abord à organiser la passation : état des dossiers, échéances, information des clients. C'est aussi le moment de capitaliser ce que le collaborateur sait. Liberall Conseil consacre un guide au knowledge management en cabinet d'avocats, pour que le savoir d'un départ ne quitte pas le cabinet avec lui.

Sur la clientèle, le cadre est précis. Toute clause limitant la liberté d'établissement ultérieure est interdite par l'article 14.7.6 du RIN. En revanche, pendant deux ans après la rupture, l'ancien collaborateur doit prévenir le cabinet avant de prêter son concours à un client avec lequel il a été mis en relation, et s'interdire toute concurrence déloyale. Inutile donc de chercher à verrouiller. Mieux vaut préserver la relation : un ancien collaborateur devient souvent un confrère, un correspondant, parfois un prescripteur.

Reste à recruter. Un poste vacant se pourvoit plus vite quand le cabinet donne envie de le rejoindre avant même le premier entretien. Ourama rappelle d'ailleurs le rôle du site internet dans la marque employeur d'un cabinet : c'est souvent la première impression d'un candidat.

Conclusion : la contre-offre ne remplace pas la fidélisation

Une contre-offre répond à une urgence. Elle fonctionne quand le motif du départ est précis, réparable et traité par des engagements écrits que le cabinet tient dans la durée. Elle échoue quand elle masque un problème de fond ou achète quelques mois de répit.

La vraie question se pose donc bien avant l'annonce du départ. Rétrocession revue régulièrement, rencontre annuelle préparée, perspectives claires : ce sont ces leviers qui évitent d'avoir à négocier dans l'urgence. Notre guide pour attirer et fidéliser les avocats collaborateurs les détaille.

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