
La rétrocession est une donnée importante quand vous cherchez une nouvelle collaboration.
De plus en plus de collaborateurs le formalisent dans les entretiens : une politique de télétravail claire et réellement appliquée pèse dans le choix et est un critère que beaucoup recherchent. Et pourtant, c'est rarement l'information la mieux communiquée lors des recrutements.
À partir des déclarations anonymes collectées dans l'étude de marché Neria, nous avons agrégé les réponses de collaborateurs sur la politique de télétravail de leur cabinet. Les résultats dessinent deux marchés très distincts.
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Avant le classement, un cadrage utile.
Le télétravail en cabinet ne se réduit pas à une question de confort. Pour un collaborateur qui travaille 45 à 55 heures par semaine, voire 60 heures, le temps économisé dans les transports n'est pas négligeable. Mais ce n'est pas seulement une histoire de trajet. Dans des structures où les journées chargées sont la norme, les journées travaillées depuis chez soi offrent un rythme différent : moins d'interruptions, plus de concentration, et une récupération partielle sur un quotidien qui en laisse peu. Quand le volume horaire est élevé, les jours où l'on souffle un peu sont bons à prendre.
Ce que nos données révèlent va plus loin : la politique de télétravail est souvent un signal de la culture managériale d'un cabinet. Un cabinet qui ne formalise aucune politique en 2026, alors que ses concurrents directs proposent un jour ou plus ou plus, envoie un message implicite sur sa façon de considérer l'autonomie et la confiance accordées à ses collaborateurs.
Trois profils se dégagent dans notre échantillon :
Les cabinets à politique généreuse (plus de 2 jours par semaine en majorité) : ils traitent le télétravail comme un acquis, non comme une faveur. Les collaborateurs n'ont pas à négocier au cas par cas. Cependant, il est à noter que de moins en moins de cabinets vont sur ce modèle et demandent à ses salariés d’être présents au cabinet.
Les cabinets à politique encadrée (1 à 2 jours par semaine) : la flexibilité existe mais reste limitée. C'est le profil le plus répandu dans les grandes structures. Cette politique peut tout de même varier selon les équipes et notamment entre associés et collaborateurs.
Les cabinets sans politique définie : le télétravail dépend de l'associé, du dossier, du moment. L'absence de règle formelle génère de l'incertitude et une inégalité de traitement entre équipes au sein d'un même cabinet.
De manière générale, le télétravail est une pratique qui se construit progressivement, avec la confiance et une meilleure connaissance de la manière dont chacun travaille. Il n'est pas non plus forcément répandu en début de formation ou en début de carrière, mais plutôt par la suite.
Les données sont issues de déclarations anonymes de collaborateurs collectées dans le cadre de l'étude de marché Neria, toutes années de collaboration confondues. La politique de télétravail étant une règle définie au niveau du cabinet et non de l'associé ou de l'année de collaboration, nous avons agrégé l'ensemble des réponses par structure.
Nous avons retenu uniquement les cabinets ayant recueilli au moins 3 déclarations.
Le score est calculé sur une échelle de 0 à 3 : Inexistante = 0, 1 jour = 1, 2 jours = 2, plus de 2 jours = 3. La moyenne de ces scores par cabinet détermine le classement. Un score de 0 signifie que l'ensemble des répondants d'un cabinet déclarent une politique inexistante : c'est un signal fort, pas une nuance.
Bold arrive en tête avec un score parfait de 3,00 sur 3. 100 % de nos répondants déclarent plus de 2 jours de télétravail par semaine. Aucune restriction, aucune exception : c'est le seul cabinet de l'échantillon, avec Latham & Watkins, où l'ensemble des collaborateurs déclarent le niveau maximal de flexibilité. Un profil cohérent avec le positionnement du cabinet, structuré autour d'une organisation du travail pensée différemment des modèles traditionnels.
Latham & Watkins partage la première place avec un score de 3,00 : 100 % des répondants déclarent plus de 2 jours de télétravail par semaine. C'est le seul cabinet du Magic Circle ou de son équivalent américain à figurer dans le top 5 de ce classement. C'est aussi un cabinet qui affiche par ailleurs l'une des meilleures rétrocessions de 1ère année de notre étude.
Pour Watson Farley & Williams, 83 % des répondants déclarent plus de 2 jours de télétravail, 17 % déclarent 1 jour. Aucun répondant ne mentionne de politique inexistante.
PwC Société d'Avocats prend la quatrième position avec un score de 2,67. 67 % des répondants déclarent plus de 2 jours de télétravail, 33 % déclarent 2 jours. Zéro répondant ne mentionne de politique inexistante. Fait notable : les trois cabinets adossés à un réseau d'audit figurent dans le top 6 du classement. PwC devance EY (5e) et Deloitte (6e), mais l'écart entre les trois est faible.
EY Société d'Avocats prend la cinquième position. 60 % des répondants déclarent plus de 2 jours de télétravail, 33 % déclarent 2 jours. 7 % déclarent une politique inexistante, ce qui suggère des disparités selon les équipes ou les pratiques. Un signal à creuser en entretien.
Deloitte Société d'Avocats et Osborne Clarke affichent le même profil avec un score de 2,40 : 40 % des répondants déclarent plus de 2 jours, 60 % déclarent 2 jours. Aucun répondant ne descend sous les 2 jours par semaine dans ces deux cabinets. La flexibilité n'y est pas un privilège négocié au cas par cas, mais une règle appliquée uniformément.
Quatre cabinets français indépendants et un anglo-saxon se partagent le score de 2,33. De Gaulle Fleurance, Jeausserand Audouard et LPA Law présentent le même profil : une majorité de répondants à 2 jours par semaine, complétée par des déclarations à plus de 2 jours. Orrick et Oyat Avocats affichent un profil plus polarisé, avec 67 % des répondants à plus de 2 jours mais 33 % à 1 jour seulement. Aucune politique inexistante déclarée dans ces cinq structures.
Baker McKenzie Paris (13e) affiche le profil le plus homogène du bas de classement : 80 % des répondants déclarent exactement 2 jours par semaine. Une règle claire, appliquée uniformément.
Bird & Bird (14e) présente au contraire une distribution polarisée : 57 % des répondants déclarent plus de 2 jours, mais 43 % déclarent 1 jour seulement, sans position intermédiaire. Un écart qui suggère des pratiques différentes selon les équipes.
DLA Piper (15e) dernier du classement. 50 % des répondants déclarent plus de 2 jours, mais 25 % déclarent 1 jour seulement et 8 % une politique inexistante. Un cabinet dont la politique varie vraisemblablement selon les pratiques et les bureaux.
Les données révèlent un groupe de cabinets où la politique de télétravail est unanimement déclarée inexistante par l'ensemble des répondants. Ce n'est pas un biais : c'est un constat.
August Debouzy, Cazals Manzo Pichot Saint Quentin, De Pardieu Brocas Maffei, Taylor Wessing, Darrois Villey Maillot Brochier, Franklin Société d'Avocats, Behring et Veil Jourde affichent 100 % de réponses "inexistante".
La politique de télétravail est souvent abordée en entretien. Ces données montrent pourtant que l'écart entre les cabinets est considérable : d'un score parfait de 3,00 chez Bold et Latham & Watkins à une absence totale de politique dans huit structures de l'échantillon.
Trois questions concrètes à poser en entretien : quelle est la politique formelle du cabinet, s'applique-t-elle uniformément dans toutes les équipes, et est-elle garantie dès la prise de poste ou soumise à une période d'adaptation ?
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